Histoire de touches

Que ce soit pour une interview ou dans une simple conversation ordinaire, c’est souvent LA question qui surgit en premier : « Mais comment as-tu appris le piano ? Toute seule ou bien tu as fait des études ? Tu as été au conservatoire ? »

Pour celles et ceux qui me côtoient au quotidien, vous savez combien je suis bavarde et que j’aime raconter des anecdotes. Je me suis donc dit que plutôt que d’écrire une histoire fictive, j’allais vous raconter une histoire, MON histoire. Enfin, mon histoire MUSICALE. Car c’est à la fois une sacrée histoire de famille en plus d’être un beau voyage dans le temps !

Alors laissez-moi vous raconter comment je suis devenue pianiste et quelle place, aujourd’hui, cet instrument a dans ma vie.

Une histoire de famille ou « comment je suis tombée dans la marmite musicale étant petite »

Tout d’abord, il faut remonter à la génération de mes arrières-grands-parents maternels. Ces derniers étaient facteurs d’orgue, à Madagascar (mon pays d’origine). Au début du 20ème siècle, ils sont venus en France, dans la région de Lyon, pour se former à la facture d’orgue, et sont ensuite retournés à Antananarivo, berceau de mon histoire musicale.

C’est à partir de ce moment qu’ils ont commencé à créer des ateliers de facture d’orgue, et à construire des orgues pour les églises de la capitale. Aujourd’hui, si vous visitez différentes églises réformées de la capitale malgache, vous pourrez admirer l’œuvre de mes ancêtres !

Et comme dans beaucoup de familles malgaches, la transmission de traditions et de savoirs-faire est considérable et primordiale. C’est ainsi que la génération des mes grands-parents maternels a entretenu cet héritage et est devenue, à son tour, une famille de claviéristes, plutôt tournés vers le piano.

Bien que je n’ai pu connaître mes arrières-grands-parents, j’ai eu la chance de rencontrer et connaître cette immense famille à la fois de sang et musicale : grands-parents, grands-oncles, grands cousins, oncles, cousins… le piano, c’est génétique chez nous depuis 4 générations !!

Aujourd’hui, pas un seul membre de ma famille n’a été épargné (ahaha) d’apprendre le piano. Certains l’ont délaissé, d’autres ont continué : mais quoiqu’il arrive, le piano est comme la table à dîner autour de laquelle toute la famille est réunie.

Rencontre d’un sacré type

Bien que ma mère ait plutôt préférer chanter dans la chorale de sa paroisse avec ses frères et sa multitude de cousins (famille malgache oblige…), et que mon père, lui, ai hérité d’un talent pour l’accordéon (oui, dans ma famille c’est vraiment une histoire de touches !), ils n’en n’ont pas moins eu la bonne idée de m’inscrire au conservatoire.

Septembre 1986 : je débute ma formation musicale. Et au risque d’en surprendre beaucoup parmi vous : j’ai adoré !!! Apprentissage du rythme, l’initiation au déchiffrage de notes, premiers exercices d’oreille musicale : rien ne me déplaisait. Je pense que le fait d’avoir écouté de la musique depuis ma naissance a certainement joué en ma faveur. Et j’ai continué le solfège jusqu’à l’obtention de mon diplôme de fin d’études.

Septembre 1987 : après une année de solfège, et je suis autorisée à m’inscrire en classe d’instruments (les bases en formation musicale étaient obligatoires à l’époque pour commencer l’apprentissage d’un instrument quelconque). Mes parents me font rentrer dans une grande pièce où sont disposées plusieurs tables d’écoliers, derrière lesquelles plusieurs professeurs d’instruments sont assis, prêts à inscrire leur futurs élèves. Bien sûr, mes parents allaient m’inscrire dans une classe de piano : what else !

Après quelques tours de tables, toutes les listes étant complètes, nous tombons finalement sur un monsieur charmant, les cheveux déjà grisonnants et au tendre sourire : il s’appelle Denis, et j’étais loin d’imaginer le parcours incroyable que j’allais faire avec lui !

Car s’il y a bien une personne qui a extrêmement contribué à mon amour du piano, c’est lui.

Descendant de l’animateur TV et parolier Jean Nohain (encore un artiste tombé sur ma route étoilée…), Denis est un homme très discret. Il n’est pas de ces pianistes qui se vantent d’avoir inventé LA méthode révolutionnaire pour apprendre un concerto de Chopin en 3 semaines. C’est même tout le contraire : pour bien jouer, il faut faire du temps son allié. Apprendre la patience. On ne peut aimer la musique en deux clics de souris : comme avec une personne dont on tombe petit à petit amoureux, on l’aime en apprenant à la connaître, à l’apprivoiser, à en faire une compagne de ses émotions et de son cœur.

Déjà très jeune, dès mes premières leçons j’ai su que je ne voudrais pas arrêter de jouer d’un instrument, et que cet instrument serait le piano.

Car Denis qui avait le charisme et la sagesse d’un grand-père, m’a transmis lui aussi quelque chose de précieux : l’émotion musicale. Apprendre à jouer ne devait pas se réduire à exécuter de façon mécanique les partitions, mais d’abord et avant toute chose à laisser la musique me parler, comme un ami chuchote des mots doux dans l’oreille de son compagnon.

Et en quelques mois, je suis tombée amoureuse du piano. J’ai très tôt voulu aborder des compositeurs parfois trop difficiles pour mon petit niveau de débutante mais heureusement, j’avais une alliée de taille : la PERSÉVÉRANCE !!!

Travailler jusqu’à arriver à arriver à jouer convenablement était certainement l’un de mes plus grands plaisirs d’enfant et d’adolescente. Demandez à mes parents qui, pendant des années, ont dû supporter les 2-3 heures quotidiennes d’une enfant répétant incessamment des gammes, des arpèges et déchiffrages truffés de fausses notes et d’erreurs, et qui refusait d’arrêter tant qu’elle n’arrivait pas à ses fins…

Une éducation sentimentalement musicale

Les 10 années qui ont suivi mes premiers cours de piano n’ont été ponctuées que de bonheurs musicaux.

Premièrement, j’avais le professeur le plus adorable qui soit : ça aide !! Toujours dans la délicatesse et la tendresse, il me poussait à chercher l’harmonie et la profondeur du son. La technique c’est bien : avec la musicalité, c’est mieux ! Et sa culture classique était incroyable : plus je découvrais des compositeurs et leurs œuvres, plus mon amour du piano grandissait.

Deuxièmement, j’ai eu la chance d’intégrer très tôt le groupe musical de mon église. Style et répertoires radicalement opposés puisqu’on ne jouait que des musiques pop et afro-carrabéennes !! Mais là encore : pour le développement de la technique pianistique, c’était l’apprentissage parfait.

Troisièmement, mes parents et toute ma famille n’ont cessé de m’encourager. J’imagine à quel point cela doit casser les oreilles d’entendre toutes les fins de journée un gamin qui travaille sur son instrument, et la pénibilité endurée au fil des ans de devoir supporter qu’il se trompe sans arrêt. Mais malgré cela, je n’ai jamais, je dis bien JAMAIS, été découragée ni incitée à abandonner : un tel héritage familial, ça ne se délaisse pas, coûte que coûte !!

Le piano : une histoire d’amour qui dure

1987-2019 : 32 ans que cette histoire d’amour entre le piano et moi dure. Et elle n’est pas prête de s’arrêter.

Denis et moi continuons de jouer ensemble. Mes parents, oncles, grands-oncles, cousins et grands-cousins faisons des soirées familiales autour du clavier.

Pas un jour ne passe sans que mes doigts n’effleurent les touches de cet instrument qui a forgé une partie de qui je suis aujourd’hui. Car le piano n’est pas simplement une passion devenue mon métier : il est un confident de mes émotions.

Sur mon piano, j’y ai exprimé mes larmes de pires douleurs, autant que mes joies les plus intenses. J’y compose les mots de mon cœur que ma bouche n’arrivait pas à prononcer. J’y vis certaines des sensations les plus intenses que la vie a à m’offrir. Cette vague d’émotions qui transporte lorsqu’on déploie les mains au-dessus des notes, et que le son qui en émane vient frapper la porte de notre esprit pour en faire jaillir une explosion de sentiments.

32 ans que cette histoire incroyable, que je crois plus que jamais soigneusement inspirée et écrite depuis là-Haut, me fait voyager, rêver et découvrir qui j’ai envie d’être vraiment.

« To the happy few »

Alors après vous avoir raconté cette belle histoire, je ne peux que vous laisser sur une note d’encouragement, débordante de reconnaissance.

Tout d’abord, si vous êtes parents et que vous avez des enfants, ou un ami / conjoint, qui souhaitent faire de la musique : ne les en dissuadez pas mais au contraire, ENCOURAGEZ-LES ! Vous ne savez pas quelle personne vous contribuerez à former en les laissant se découvrir eux-mêmes au travers de cet art ! Relevez les efforts qu’ils ont fournis, motivez-les pour répéter, et à reprendre jusqu’à ce que ça soit correct. Vous verrez : les années à entendre des fausses notes seront peut-être plus courtes que vous ne le pensez…

Ensuite, si vous-mêmes vous aspirez à jouer d’un instrument, quelque soit votre âge : soyez PATIENTS et PERSÉVÉREZ ! À l’ère d’une culture micro-ondes où tout doit se faire très vite, la patience et la persévérance seront vos meilleures amies dans ce beau voyage d’apprentissage musical.

Également, soyez RÉGULIERS ! Comme pour la pratique sportive, vous ne pourrez voir de progrès si vous n’êtes pas réguliers. Travailler, répéter, même sur une courte durée mais de manière régulière pendant longtemps est la clé pour devenir le meilleur instrumentiste que vous pourriez être.

Enfin, soyez INDULGENTS, que ce soit avec vos enfants, vos amis ou avec vous-mêmes (ou les autres). La musique est un langage de respect, d’écoute et d’empathie. Pas de violence ni de condamnation. Apprécier la réussite dans les plus petits efforts vaut bien mieux, que de râler en permanence parce que les résultats escomptés ne sont pas là !

Photos : Aurélien Lévy / Lieu : Steinway and Sons Paris

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